Octobre Liban (Synopsis)

Octobre Liban. Ce texte est une marche dans une rue beyrouthine à travers la révolution libanaise, une marche le long d’une phrase urbaine rythmée dans sa forme par la corruption du système, une marche bornée dans le temps par deux explosions : le 17 octobre 2019, celle de la colère des Libanais contre leur classe politique ; et le 4 août 2020, celle de 2000 tonnes de nitrate d’ammonium qui a, un moment, eu raison de tout ; dans l’espace par deux places : le rondpoint de Daoura à l’entrée nord de Beyrouth et la place Riadh el-Solh en son centre.

Synopsis d’Octobre Liban lu lors de l’émission Salle des Machines de Mathias Enard sur France Culture, le 27 octobre 2020. Musique : Obwa, Mashrou’ Leila.

D’abord, près du rond-point, la décharge de Bourj Hammoud issue de la crise des déchets de 2015 qui s’avance dans la mer,

ensuite, le Fleuve, cet égout à ciel ouvert qu’on peut suivre en amont jusqu’aux dernières pinèdes du Mont-Liban détruites par le béton,

et aux carrières de pierre qui bouffent la montagne,

la gare ferroviaire qui n’a plus vu passer un seul train depuis des décennies,

le siège de la très corrompue compagnie d’Électricité du Liban incapable d’éclairer le pays mais dont le budget est un gouffre sans fond,

le Port de Beyrouth qu’on aperçoit entre les immeubles, ses millions de transactions louches dont celle qui a conduit à l’explosion du 4 août et qui a détruit la ville et qui a mis à terre un pays déjà à genoux,

puis enfin, le centre, le centre-ville, reconstruit mais vitrifié, ou rasé et transformé en parking,

le centre, siège de la corruption faite système, et des cinq têtes du monstre au pouvoir : le financier, l’immobilier, le religieux, le parlement, le gouvernement ;

ici la rue s’arrête net, et la forme de la ville donne sa forme à la révolution,

physiquement et politiquement, le changement bute encore contre le Grand Sérail perché sur sa colline comme une acropole.

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